Lundi, je reprends officiellement le boulot après sept mois d'interruption.
D'abord une semaine à La Chaîne de Télé, puis une semaine d'intervention dans mon ancienne école. L'an dernier, ça m'avait fait beaucoup de bien. C'était même l'expérience professionnelle la plus stimulante de l'année ! J'espère que ce sera le cas aussi cette année, même si je sens moins bien les étudiants, sans savoir exactement pourquoi…
Enfin, si j'y réfléchis deux minutes, je dois admettre que c'est surtout moi-même que je sens moins bien. Je ne suis ni contente ni mécontente de recommencer à travailler et ce manque d'enthousiasme augure mal de la suite. Depuis quelques semaines, c'est la grosse remise en question professionnelle : dans le fond, c'est quoi, mon boulot ? A quoi ça sert ? (une question qui devient cruciale ces temps-ci où il semblerait que la presse ait pour vocation de cirer les pompes à Sarko) Est-ce que je ne ferais pas mieux d'en changer avant qu'il ne soit trop tard ?
Et puis j'ai l'orgueil mal placé, ce qui ne m'aide pas : à chaque fois que je reviens dans mon ancienne école, que je retrouve d'ex-camarades de promo, je compare mon parcours au leur. Tiens, lui, il a passé dix ans à RFI. Elle, elle est chef de service dans un grand quotidien. Lui, il a écrit un livre, plusieurs même, et des bons. Et ainsi de suite. Ils ont tous de belles carrières, ils sont tous tellement plus journalistes que moi qui ai choisi des voies tortueuses et qui n'ai jamais été capable de penser en termes de carrière.
Ma hantise, quand j'ai débuté, c'était la question classique des entretiens d'embauche : "dans dix ans, vous vous voyez où professionnellement ?" Je n'ai jamais été capable de répondre, ou alors en disant carrément la vérité : "je n'en sais rien, je ne peux pas raisonner comme ça", ce qui ne fait pas souvent bon effet.
Mon autre hantise, c'était d'être coincée quelque part, de passer des années au même poste, dans le même titre, si bien que j'ai fait mon maximum pour qu'on ne m'embauche nulle part, quitte à refuser ce qui se proposait. Ça a très bien marché et bien sûr, aujourd'hui, je me demande si ça n'a pas un peu trop bien marché. Après dix ou douze ans d'évitement, il serait peut-être temps de prendre le taureau par les cornes, de faire enfin un choix. Mais faire un choix, pour moi, ce n'est pas opter pour une alternative, c'est surtout renoncer à toutes les autres. Horrible ! (Vous devriez me voir devant une carte au resto.)
De la même manière, je ne peux pas me dire "je dois réfléchir à ceci-cela", m'asseoir à mon bureau et y réfléchir. Non, chez moi, ça fonctionne un peu comme chez le commissaire Adamsberg de Fred Vargas : il faut faire autre chose, marcher, regarder autour de soi et laisser les pensées flotter, se combiner, se transformer et petit à petit, la solution émerge et vient s'imposer d'elle-même. C'est un processus agréable mais pas très rapide, aussi je sais que mes questions risquent de ne pas trouver leur réponse de sitôt, d'où montée de l'angoisse…
Et puis décidément, je n'aime pas ce que j'entends de l'actualité en France ces temps-ci et le nouvel éclair de génie de not' bon maît', le gars qui fait la couve de "Gala" toutes les semaines, sanctionner les chômeurs qui refusent des boulots acceptables (tout repose sur ce mot, "acceptable"…) me plombe encore un coup le moral. Bien sûr, ce n'est pas une surprise, c'est une mesure qui faisait partie de son programme, mais cet homme qui vit dans un monde binaire winners/losers, salariés/chômeurs, travailleurs/feignants, Français/basanés, moi/les autres… me fout vraiment les chocottes.
C'est donc aujourd'hui mon dernier jour de "vacances" et je m'en console en faisant résonner "Rigoletto" dans l'appart, parce que c'est mon opéra préféré et que ça me réconforte d'écouter de l'italien : "tutte le feste al tiempo…", c'est quand même mieux que "travailler plus pour gagner plus", non ?
(la photo n'a aucun rapport avec le schmilblik, c'est juste que ça me fait plaisir…)