Le mercredi matin, Jan va à la garderie. Au début, ces presque trois heures volées me paraissaient une éternité. J'avais le temps de faire le marché tranquillement, de m'affaler dans le canapé avec une théière et Le Canard, de ranger un peu le bordel de l'appart voire carrément de changer les draps les grands jours, avant d'aller le chercher. Ensuite, déjeuner et sieste pour tout le monde. C'était le bon temps.
Aujourd'hui, allez savoir pourquoi, la matinée passe beaucoup plus vite. Et pourtant, moi aussi, je vais beaucoup plus vite : le marché est expédié, le canapé oublié et le rangement négligé, mais il faut déjà y retourner. Ensuite, le déjeuner se passera tant bien que mal et la sieste, hélas, la sieste ne se passera pas. Allongé dans son lit, Jan bricole, rigole, marmonne et tandis que je me repose en priant pour qu'il sombre, je l'entends se raconter des petites histoires qui le font éclater de rire ou pousser des cris.
Au bout d'une heure, il fait du trampoline dans son lit. C'est fichu. On se fait un petit atelier peinture ou pâtisserie avant d'aller au square. Malheureusement, s'il ne veut plus faire la sieste, il n'est pas encore assez résistant pour cela. Et vers 5-6 heures, deux options : le petit garçon surexcité qui se bat avec les autres enfants pour tout et rien, ou le petit garçon épuisé qui pleure et se frotte les yeux en disant "maman, dodo". Comment lui faire comprendre qu'une petite heure de sommeil, rien qu'une, nous éviterait de finir la journée dans les cris et les larmes ?
Attendez, je crois que je connais la réponse : il le sait très bien. La preuve : il fait la sieste sans moufter chez ses grands-parents, sa nounou ou à la garderie. Mais à la maison, non : quand on a ses parents sous la main, on en profite.
(Photo prise cet été sur la plage de la Comtesse, à Saint-Quay-Portrieux, dans les Côtes d'Armor.)