Entre-deux, oui, mais entre deux quoi, au juste ?
Le sort du magazine devrait être scellé au plus tard lundi. En attendant, les bruits courent. Le repreneur ne serait pas content, dirait que personne n’a envie de le suivre et que le numéro à venir est au point mort. Nos bureaux sont déjà réattribués et leurs nouveaux occupants viennent repérer les lieux. La direction accuse l’équipe de vouloir faire capoter la vente en faisant valoir ses clauses de cession. On se rend compte que tout cela était prévu et préparé de longue date. Pour eux, le journal n’existe plus depuis un an. Régulièrement, l’un ou l’autre exprime l’envie d’empoigner le chef des sous (dit « la carpette ») pour taper sur le chef suprême (également connu sous le nom de « Pif rouge »). Les délégués du personnel nous avertissent : « tendez l’oreille ! Les coups fourrés ont souvent lieu entre Noël et le nouvel an ! ». Folle ambiance…
Evidemment, personne n’a tellement envie de bosser. Il faut dire aussi qu’on n’a pas grand chose à faire, et moi encore moins que les autres. Je n’ai aucun élément pour remplir le supplément sur lequel je travaille. Alors je change les photos, je recale les blocs, je fais des essais de couleurs, je bouge les titres… je remplis des feuilles de Sécu, je lis le journal, j’écris mes compte-rendus de livres pour « Elle », je grave des cédés, j’achète du foie gras à Pierre, le maquettiste – bon, on va pas s’laisser aller, hein !