Chacun son luxe
Il y a quelques jours, une de mes consœurs (ce mot me laisse toujours un sentiment d'inexactitude mais c'est bien cela, une consœur et peut-être, un jour, une amie) évoquait devant moi "le luxe du métier de pigiste".
S'il y a bien un statut en apparence dépourvu de tout luxe, c'est pourtant bien celui de pigiste : livré à soi-même, sans le soutien d'un titre, il est n'est pas facile de trouver des informations ni de les vendre. Cette nécessité de vendre, d'ailleurs, peut occuper plus de temps que l'essentiel du métier qui consiste quand même à informer. Joindre quelqu'un dans une rédaction, le convaincre que vous avez un bon sujet, qu'il est fait pour son journal et que vous êtes la seule à pouvoir le traiter est l'activité la plus bouffeuse de temps que je connaisse. La plus désespérante consiste ensuite à se faire payer (joindre la compta, les convaincre que, non, vous n'avez toujours pas eu votre chèque et qu'il serait grand temps – je vous rassure, ce n'est pas toujours comme ça).
Alors, "le luxe du métier de pigiste", me direz-vous, où est-il ?
Il est dans des journées comme aujourd'hui, par exemple, journée que j'avais libérée de toute visite à la Chaîne de Télé en prévision d'une réunion-fleuve et qui, la réunion-fleuve ayant été annulée, me permet de me vautrer dans la rédaction d'un papier. Pas d'autres obligations, pas de téléphone, pas d'interruptions sauf celles que je décide. Et certes, cette rédaction est laborieuse et parfois effrayante ("mais je ne vais jamais y arriver !") mais j'avance, tout doucement. Le soleil entre dans la pièce, les chats dorment à côté de moi, je vais me faire un petit thé et je me rappelle que c'est moi qui ai voulu être pigiste, dès mes premiers pas dans la presse. Aah, ça fait du bien…
