Munich.
On avait envie de le voir, avec Mister G, mais on a un peu traîné. Il me semble que depuis peut-être un an (plus ?), les films se succèdent avec une telle rapidité sur les écrans qu'il faut faire vite vite vite si on ne veut pas devoir se rabattre sur le dévédé quelques mois plus tard. Or, moi, j'aime bien voir les films au cinéma.
Munich n'était déjà plus projeté que dans deux salles en vo. On opte pour l'UGC de Bercy, parking, places, escalator, la salle est tout en haut et tout au fond, on se dit qu'elle sera minuscule, aux trois quarts vide et que le type devant nous avec son litre de Coca et ses 2 kilos de pop-corn va sans doute voir autre chose.
Erreur. Erreur sur toute la ligne. La salle est peut-être minuscule – pour un multiplexe, ce qui relativise beaucoup la notion de minuscule – mais elle est quasi pleine. Et le type au pop-corn va bien voir Munich. On s'installe donc au troisième rang, en espérant laisser derrière nous les grignoteurs (chuic chomp, chuic), les buveurs (slurp, sluuuurp) et surtout, surtout, les bavards ("pis alors y m'a dit… pis j'y ai répondu…"), ceux qui ne PEUVENT PAS supporter de se taire pendant deux heures et demi, ceux qui n'envisagent pas de faire partager leurs commentaires à leurs voisins APRÈS le film, ceux qui se sentent obligés d'expliquer l'action à leur copine, des fois qu'elle serait trop conne pour comprendre ce qui se passe ("alors là, il ouvre le placard, tu vois"). Ben oui, justement, elle voit, alors ta gueule.
Bref. Comme vous vous en doutez, on a été cernés par les bouffeurs, les buveurs et les bavards, qui ont mis beaucoup d'énergie à me saloper le film. J'oubliais ceux qui ont une vie tellement trépidante qu'ils ne peuvent pas se permettre d'éteindre leur portable pendant la séance ni, bien sûr, de ne pas y répondre lorsqu'il sonne (bzzz, bzzz, bzzz) : "ouais, t'es où, là ? Moi j'suis au cinéma. Je peux pas te parler, là. Rappelle-moi plus tard." Effectivement, ça valait le coup de la conversation.
Mais revenons-en au film.
Donc, Munich, c'était bien. Très bien reconstitué, très bien joué (à part Amalric auquel je ne crois pas un seul instant), mise en scène sobre, fluide, tout bien.
Où est le mais (évidemment, il y a un mais), me direz-vous ? Ben c'est toujours pareil avec les films de Spielberg : j'admire leur aisance, leur fluidité, l'intelligence de sa mise en scène (OK, parfois il se laisse aller à la boursouflure et c'est pas joli joli, mais la plupart du temps, il arrive à se contenir), mais j'ai toujours le sentiment qu'on a à peine effleuré les choses. Ici, bien sûr, on voit que le chef du groupe – Eric Bana, super – a des doutes de plus en plus forts, qu'il s'interroge sur ce qu'il fait (assassiner des gens, forcément, on peut se poser des questions). Le problème, c'est qu'on nous le montre, qu'on nous le dit, mais qu'on ne le ressent pas. Un peu trop de dit, pas assez de ressenti. Du coup, il manque quelque chose d'essentiel dans ce film, ce qui n'en fait pas un navet pour autant, loin de là. Mais il me laisse un sentiment d'inachevé, d'incomplétude.
Et aussi la certitude que le prochain qui cause à son portable au cinéma, je le lui fais bouffer. (Guettez les pages "faits divers", ça ne saurait tarder)