Tout petit matin

Je ne suis pas du matin, c'est un euphémisme.
Mais depuis la naissance du Bonhomme, il a bien fallu s'adapter. Même lorsqu'il a commencé à faire ses nuits, les réveils ont été matinaux : au mieux, 7 heures, au pire, 5h, 5h30. Parfois il se rendort, parfois non. Et là, malheureusement, il faut assurer. Alors, aux aurores, on se lève, on joue, on fait marcher le Bonhomme dans l'appartement, on l'installe dans sa chaise haute pour petit déjeuner, on lui fait goûter des morceaux de madeleine, des biscuits à la cuillère, du petit suisse, on souffle sur les moulins à vent, on montre les livres, on déchire des magazines… jusqu'au moment où le sommeil revient. Il se frotte les yeux, bâille un peu, on le ramène dans son lit ou, plus souvent, dans le nôtre, il empoigne un coussin et se rendort. Nous aussi, et c'est délicieux.
De ces petits, tout petits matins, je garde une sensation d'épuisement total mais aussi le plaisir rarement éprouvé jusque-là d'être éveillée à une heure inhabituelle. La lumière qui blanchit, jaunit, dore les murs. La rue encore toute calme, juste une voiture de temps en temps. Le vague sentiment d'être la seule personne éveillée au monde, même si les télés déjà allumées dans l'immeuble d'en face affirment le contraire.











